Comment apprendre à lire les notes ?
On apprend la portée par couches : trois repères d'abord, que l'on finit par trouver sans compter, puis leurs voisins immédiats, puis la distance d'une note à la suivante. Dans cet ordre. Je l'ai pris par le milieu pendant des mois, et la lecture restait une addition de noms.
Vingt-deux heures. Les garçons dorment, la lampe allumée au-dessus du pupitre, la première Gymnopédie de Satie ouverte devant moi. Je mets plus de temps sur le premier système que la pièce entière ne dure une fois jouée. La note grave de la main gauche, que je compte depuis la ligne du bas, pendant que la mélodie attend tout en haut. Satie a écrit « Lent et douloureux » en tête de la partition. Il ne pensait pas au déchiffrage.
Première couche : trois repères que vous ne comptez plus
Je développe encore mes tirages. Dans le bain de révélateur, les masses sombres montent les premières, les demi-teintes ensuite, le détail tout à la fin.
La portée se prend de la même façon. Les masses, ici, ce sont trois notes.
- Le do central. Une ligne supplémentaire sous la portée en clé de sol, une autre au-dessus de la portée en clé de fa : la même note, écrite une fois dans chaque portée du système.
- Le sol de la clé de sol. La deuxième ligne en partant du bas, celle autour de laquelle la boucle de la clé s'enroule. C'est tout ce que ce dessin dit.
- Le fa de la clé de fa. La ligne prise entre les deux points.
Ces trois-là ne se comptent pas, elles se reconnaissent. Tant que vous repartez de la ligne du bas pour monter jusqu'à la note voulue, vous calculez, et le calcul prend un temps que la mesure suivante ne laisse pas. Ce qui monte au-dessus des cinq lignes, ou descend en dessous, a son propre chapitre.
Deuxième couche : les voisins immédiats
Un repère ne sert à rien tant qu'il n'a pas de voisinage. La portée se déplie de proche en proche, ligne, interligne, ligne, un degré par marche, et la deuxième couche tient en deux pas autour de chaque repère. Le sol de la clé de sol a un la dans l'interligne au-dessus, un fa dans celui du dessous. Le fa de la clé de fa, un sol au-dessus et un mi en dessous. Autour du do central, ré au-dessus, si en dessous.
Neuf notes. C'est déjà le centre de presque toutes les pages qu'un adulte a envie de rouvrir. On peut arriver aux mêmes noms en récitant do ré mi fa sol la si depuis le repère le plus proche. Ça marche un temps, et ce détour finit par se payer. La recherche que je cite ailleurs, avec ce qu'elle ne dit pas, suggère que la lecture à vue est associée surtout à des compétences qui se travaillent, pas à un don reçu à la naissance. Ce qui n'accélère rien, mais dit où mettre les heures.
Les dièses ou les bémols posés à la clé modifient ensuite une partie de ces noms. C'est une couche de plus, avec ses règles à elle.
Troisième couche : la distance plutôt que le nom
La troisième couche ne s'apprend pas par cœur, et c'est elle qui change la vitesse : on lit la note suivante comme un écart depuis la précédente. Le nom se déduit ensuite de l'écart et du repère.
La Gymnopédie le montre mieux qu'un exercice. Trois temps par mesure. La main gauche, en clé de fa, pose une note grave, puis un accord bien plus haut, et recommence à la mesure suivante, avec de grands écarts entre les deux.
Prenez la première mesure. Le doigt sur la note grave, l'œil sur la note du bas de l'accord, et comptez une fois les marches qui les séparent, ligne, interligne, ligne, sans repartir du bas de la portée : deux marches font une tierce, quatre une quinte, et ainsi de suite jusqu'à l'accord. Cette distance a un nom. Une note cherchée, ce nom-là, et la main gauche de la mesure est lue ; sur toute la page, il n'y a qu'une poignée de notes à nommer vraiment. La mesure suivante ramène la même figure. Le même écart, ou non ? Celui-là, mesurez-le sans moi.
Un repère faux, et la distance se trompe avec lui, parfois toute une mesure. C'est pour ça que la première couche ne se bâcle pas.
Vingt-deux heures, la même lampe, la même page. Je ne lis pas beaucoup plus vite qu'avant, je sais seulement où je suis, en permanence. La main gauche descend chercher sa note grave, l'accord tombe au-dessus à une distance que j'ai mesurée une fois. Le premier système tient à peu près dans le temps qu'il devrait durer. Le deuxième, pas encore.
Écrit par l'auteur de Notalune, l'application iOS faite pour qu'un nom oublié n'arrête plus la séance en plein milieu d'une mesure : vous photographiez vos propres partitions et les noms apparaissent sur les notes. Elle est faite pour le doute au milieu d'un système, pas pour remplacer les couches que vous êtes en train de poser. Quand elle hésite, elle préfère laisser la note vide plutôt que deviner, et vous masquez tous les noms en une touche quand vous voulez lire sans aide. D'autres guides dans la rubrique Apprendre · questions : support@notalune.com.