Comment retenir le nom des notes ?
On retient le nom des notes en s'appuyant sur deux ou trois repères connus sans réfléchir, puis en croisant les mêmes notes assez souvent, dans de vrais morceaux, pour que le nom arrive tout seul. Vous êtes peut-être venu chercher une petite phrase à retenir, du genre de celles dont chaque initiale est une note, comme on en donne aux enfants anglophones. Elle n'existe pas en français, et ce n'est pas un manque. Chez nous, une note ne porte pas une lettre mais un rang dans une série, do ré mi fa sol la si, et une série, ça ne se découpe pas en initiales. On nous a appris la série entière, et on la récite. Ça marche, et ça a une date de péremption dont personne ne vous prévient.
La série récitée finit par coûter cher
Tout le monde a appris les tables de multiplication en les récitant. Sept fois huit, et il fallait repartir de plus bas, sept fois six, sept fois sept, avant d'arriver à cinquante-six. Puis un jour, sans l'avoir décidé, cinquante-six a cessé d'être le bout d'une récitation pour devenir un fait, tout simplement. On ne repart plus du début.
La série des notes fonctionne pareil, sauf que personne ne dit aux adultes que le même passage les attend. Une note sur la quatrième ligne de la portée, en clé de sol. Vous ne l'avez pas d'emblée, alors la série se remet en marche plus bas et vous la remontez, un cran par ligne et par interligne, jusqu'à retomber sur elle. C'est ré. La réponse est bonne, et elle vous a coûté six crans.
Un détour d'une seconde ne se voit pas. Il se voit à la douzième mesure. Le coût ne se paie pas sur la note, il se paie sur la phrase : le temps de finir de compter, la pulsation est partie et vous reprenez la ligne depuis le début. Trois notes récitées dans une page passent inaperçues. Trente, et la soirée entière devient du déchiffrage. L'échafaudage ne se signale par aucune faute. Vous tombez juste à chaque fois, seulement vous mettez trop longtemps.
Un repère remplace tout un comptage
Ce qui remplace le comptage tient en deux choses : un repère qu'on ne cherche plus, et une distance prise depuis lui. Le do central fait un bon premier repère, pour une raison matérielle : il n'a de place sur aucune des cinq lignes, ni dans aucun interligne. Il lui faut sa propre ligne supplémentaire, sous la portée quand la clé est celle de sol, au-dessus quand elle est celle de fa, et c'est chaque fois le même do.
Un repère fonctionne comme cinquante-six : il arrive avec la question, sans rien entre les deux. À partir de lui, la note d'à côté se lit comme un écart, sans que la série ait à se remettre en marche. Un cran plus haut, l'interligne. Deux crans, la ligne suivante. Une petite distance se saisit d'un coup d'œil, là où un comptage se déroule dans le temps.
La méthode complète est expliquée dans comment apprendre à lire les notes. Elle devient urgente en clé de fa, là où la récitation revient comme le seul terrain sûr.
Les noms tiennent par les rencontres, pas par la volonté
Un nom tient au nombre de fois où vous avez croisé la note, pas au nombre de fois où vous avez voulu la retenir. Prenez la « Comptine d'un autre été : l'après-midi » de Yann Tiersen, parue en 2001 dans la bande originale du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. Elle est bâtie sur un motif répété, la main gauche revient inlassablement sur le même dessin, les deux mains restent dans un ambitus étroit, et la même petite poignée de positions repasse sous vos yeux des dizaines de fois en trois minutes. Vous n'organisez pas ces rencontres. Le morceau les organise. La note que la main gauche reprend à chaque tour cesse d'être une question, et vous ne l'avez pas apprise, vous l'avez croisée.
Une note croisée dans un morceau n'arrive jamais seule. Elle a une place dans la mesure, un doigt qui la prend, un moment à elle, et quelque chose qui vient après. Les positions que la musique fait revenir se fixent seules. Celles qui ne passent presque jamais continuent de s'effacer, et cet oubli-là en dit plus sur la fréquence de vos rencontres que sur votre mémoire.
Notalune ne donne aucun tableau à apprendre à côté de la musique. Le téléphone lit la partition imprimée que vous travaillez ce soir, une mesure ou la page entière, et chaque nom vient s'inscrire sur sa note, là où vous la rencontrerez en jouant. La rencontre a lieu dans le morceau, pas à côté.
Rien n'annonce le départ de l'échafaudage, et il ne se décide pas. S'il a lieu, il ne se remarque qu'après coup, en creux : une page entière jouée, et pas une récitation. Pas une fois. C'est le seul signe fiable.
Écrit par l'auteur de Notalune, l'application iOS faite pour qu'un nom oublié n'arrête plus la séance en plein milieu d'une mesure : vous photographiez vos propres partitions et les noms apparaissent sur les notes. Les rencontres qui finissent par fixer un nom se passent alors dans le morceau que vous travaillez, pas sur une fiche. Quand elle hésite, elle préfère laisser la note vide plutôt que deviner, et vous masquez tous les noms en une touche quand vous voulez lire sans aide. D'autres guides dans la rubrique Apprendre · questions : support@notalune.com.