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Les lignes supplémentaires, comment les lire ?

Les lignes supplémentaires sont de courts segments qui prolongent la portée vers le haut ou vers le bas, des barreaux ajoutés à la même échelle, et on n'en dessine jamais plus que ce dont la note a besoin. Elles existent pour une raison banale : cinq lignes ne suffisent pas.

La portée n'a d'ailleurs pas toujours eu cinq lignes. Le plain-chant s'écrit toujours sur quatre, aujourd'hui encore. Cinq lignes, c'est une convention qui a gagné, pas une loi de la nature, et les lignes supplémentaires sont ce qu'on fait quand une convention se révèle trop courte.

Au-dessus de la portée, la même série continue

Une échelle, donc. Cinq barreaux, et quand la mélodie sort par le haut, le graveur ne construit pas une portée plus grande : il ajoute un barreau, puis un autre si la note monte encore. L'écartement reste le même. La série aussi : do ré mi fa sol la si, puis do de nouveau, sans fin. Ligne, interligne, ligne, chaque degré donne le nom suivant, au-dessus comme au milieu.

La ligne supplémentaire, elle, ne se dessine qu'à la largeur de sa note. Pas un trait tiré d'un bout à l'autre de la mesure, juste ce qu'il faut pour porter la tête de note. Chaque note perchée a donc ses propres petits traits, et c'est pour cela qu'un passage aigu ressemble à une poignée de tirets flottants plutôt qu'à une portée qui aurait grandi. La même échelle, dessinée par morceaux.

Le do central est le plus connu de tous, et c'est d'abord un fait de position : une ligne supplémentaire sous la portée en clé de sol, la même note une ligne supplémentaire au-dessus de la portée en clé de fa. Deux écritures pour un seul son.

Depuis la note connue la plus proche

Une note perchée se nomme depuis le repère connu le plus proche d'elle. La ligne du haut, le do central, n'importe quelle note dont le nom vient sans y penser. Le repère n'a pas besoin d'être remarquable, seulement d'être proche et tenu pour sûr.

Ensuite on mesure l'écart entre ce repère et la note cherchée. Rien du système ne change au-delà des cinq lignes, ni l'écartement ni l'ordre des noms, si bien qu'une note à quatre barreaux du bord pose la même question qu'une note assise sur la troisième ligne : combien de degrés depuis mon repère ? Un degré, le nom suivant. Deux degrés, de ligne à ligne ou d'interligne à interligne, on saute un nom. Cette lecture par écarts se construit d'abord à l'intérieur de la portée, là où on apprend à lire les notes ; au-delà des cinq lignes, elle ne fait que continuer.

Les deux mains quittent parfois la portée ensemble. C'est le cas des dernières pages de « Clair de lune », troisième pièce de la Suite bergamasque de Debussy, en ré bémol majeur, indication « Andante très expressif » : le thème y revient porté par des arpèges, la main droite monte bien au-dessus de sa portée, la main gauche descend loin sous la sienne, chacune avec ses propres barreaux.

Là, vous pouvez vérifier tout seul, en ne lisant que la position. Le premier barreau au-dessus de la portée en clé de sol porte le la, et tout ce qui monte se compte depuis ce la : le barreau suivant donne do, celui d'après mi, puis sol. Sous la portée en clé de fa, le premier barreau porte le mi, puis do, puis la. Aucun nom nouveau n'apparaît en chemin : la série tourne au-dessus et en dessous de la portée comme en son milieu. Sur cette page, les cinq bémols de ré bémol majeur en altèrent trois : le la, le mi et le sol s'y lisent la bémol, mi bémol, sol bémol. Le do reste do. Un bémol change le nom, pas la place : c'est l'affaire de l'armure.

D'où un geste à prendre avant de jouer. Repérez sur la page la note la plus haute et la note la plus basse, et nommez-les à voix haute depuis leur repère avant que les doigts ne se posent ; quand on travaille sans professeur, la voix sert d'ailleurs à bien d'autres choses. Ces notes-là ne passent presque jamais, et si leur nom s'efface, c'est une question de fréquence plus que de mémoire. Les nommer dans une pièce qu'on joue vraiment leur donne enfin une occasion de tenir.

Quand la pile devient trop haute, la partition triche

Passé un certain nombre de barreaux, la gravure renonce : l'éditeur écrit 8va au-dessus du passage et imprime la musique une octave plus bas qu'elle ne sonne, sous un trait pointillé qui court jusqu'à l'endroit où la hauteur écrite redevient la hauteur jouée. Ce signe est là parce que les hautes piles se déchiffrent mal, dans les éditions de concert comme dans les cahiers de débutants, sous les yeux de gens qui lisent la musique pour vivre. La difficulté a une adresse, et c'est le papier.


Écrit par l'auteur de Notalune, l'application iOS faite pour qu'un nom oublié n'arrête plus la séance en plein milieu d'une mesure : vous photographiez vos propres partitions et les noms apparaissent sur les notes. Elle nomme aussi les notes perchées sur leurs lignes supplémentaires, au-dessus et en dessous de la portée, celles sur lesquelles on hésite le plus longtemps. Quand elle hésite, elle préfère laisser la note vide plutôt que deviner, et vous masquez tous les noms en une touche quand vous voulez lire sans aide. D'autres guides dans la rubrique Apprendre · questions : support@notalune.com.