Que changent les dièses et les bémols de l'armure ?
Chaque dièse, chaque bémol de l'armure s'applique à toutes les notes qui en portent le nom, à toutes les octaves, aux deux mains et pour tout le morceau ; seul un bécarre l'annule, là où il est écrit, jusqu'à la barre de mesure. Trois bémols. Le Prélude op. 28 nº 20 de Chopin tient en treize mesures, en do mineur, et ces trois signes posés tout à gauche décident du nom de chaque si, de chaque mi et de chaque la de la page. Ils ne seront jamais rappelés devant une note. On les lit une fois, ou on joue faux pendant treize mesures.
Un dièse, et tous les fa de la page
Un panneau planté à l'entrée d'un village vaut pour toutes ses rues, jusqu'à la sortie. Personne ne va le replanter devant chaque maison. L'armure est ce panneau.
Le Prélude op. 28 nº 4, en mi mineur, n'a qu'un seul dièse à l'armure, celui du fa. Il est dessiné une fois et il parle pour tous les fa du morceau : celui que la main droite tient dans le chant, comme ceux qui passent bien plus bas à la main gauche. Sauf là où un bécarre l'annule.
Il ne s'arrête pas non plus en bas de la première ligne. On le réimprime en tête de chaque ligne, et on le prend volontiers pour une nouvelle consigne, alors que c'est le même panneau recopié en rappel. L'armure court jusqu'au bout, à moins qu'elle ne change elle-même.
Trois bémols pendant treize mesures
Revenons au nº 20. Do mineur, Largo, treize mesures, des accords pleins aux deux mains, trois bémols en tête : si bémol, mi bémol, la bémol. Jamais trois autres.
Les altérations de l'armure arrivent dans un ordre fixe. Les dièses dans l'ordre fa, do, sol, ré, la, mi, si. Les bémols exactement à l'envers : si, mi, la, ré, sol, do, fa. Compter les signes suffit donc à les nommer tous, et trois bémols voudront dire si bémol, mi bémol et la bémol dans n'importe quelle partition, aujourd'hui ou dans dix ans.
Dans le nº 20, aux deux mains, à toutes les octaves, pendant treize mesures.
Jusqu'à la barre, pas plus loin
L'altération accidentelle, elle, s'écrit devant la note. Elle vaut jusqu'à la barre de mesure et elle meurt là. Un panneau de chantier posé pour une rue, retiré le soir même. Le bécarre fait la même chose en sens contraire : il annule l'armure pour la seule note qu'il précède, jusqu'à la barre. Dans la même mesure, le si de l'octave voisine garde son bémol.
Un cas arrive vite, dès qu'une liaison enjambe la barre. Une note altérée en fin de mesure, liée à la même note dans la mesure suivante : l'altération tient, parce que la liaison prolonge le son au lieu de redemander la note. Frappée à nouveau plus loin, la même note a repris le nom que lui donne l'armure.
La Lettre à Élise dit pourquoi les deux règles ne doivent pas se mélanger. Elle est en la mineur, son armure est vide, pas un dièse, pas un bémol, et pourtant le balancement du début alterne mi et ré dièse, le dièse écrit devant la note. Celui qui a rangé « dièse » et « armure » dans le même tiroir cherche ce dièse en tête de ligne, ne l'y trouve pas, et joue un ré tout nu qui affaisse le balancement.
Le problème tient à ce que la portée ne dit pas. La position donne le nom de la note, jamais son altération. Un fa et un fa dièse s'écrivent pareil, même ligne, même tête de note, et ce qui les sépare est imprimé loin, tout à gauche. On peut donc lire chaque position juste, ce qui demande déjà du travail (voir comment on apprend à lire les notes), et jouer faux toute la soirée sans que rien ne le signale.
Confondre les deux règles fabrique des fausses notes dans les deux sens. On prolonge un dièse accidentel au-delà de la barre, et la note reste haute quand elle devait redescendre. On oublie un dièse de l'armure, et elle tombe d'un demi-ton, tout le morceau. Ni l'une ni l'autre ne se dénonce toute seule quand on travaille sans personne pour écouter.
Dix secondes avant de jouer
Avant la première note d'un morceau nouveau, lisez l'armure à voix haute et nommez les notes qu'elle change. Devant le nº 20 : « trois bémols, tous les si, tous les mi, tous les la ». À voix haute pour de bon : la version silencieuse se saute toute seule au bout de deux jours.
Ensuite, gardez l'altération dans le nom. Pendant ces treize mesures, dites si bémol, dites mi bémol, dites la bémol, y compris quand la main gauche les reprend plus bas dans l'accord.
Dix secondes, avant que les doigts touchent quoi que ce soit. Puis la première mesure du Largo, avec les trois bémols déjà dans les noms.
Écrit par l'auteur de Notalune, l'application iOS faite pour qu'un nom oublié n'arrête plus la séance en plein milieu d'une mesure : vous photographiez vos propres partitions et les noms apparaissent sur les notes. Notalune lit aussi l'armure, ou vous la réglez à la main : un seul dièse manqué renommerait tous les fa de la page. Quand elle hésite, elle préfère laisser la note vide plutôt que deviner, et vous masquez tous les noms en une touche quand vous voulez lire sans aide. D'autres guides dans la rubrique Apprendre · questions : support@notalune.com.