Notalune

Pourquoi la clé de fa est-elle si difficile ?

Parce que la même position sur le papier ne dit plus la même note, et que vos yeux connaissent déjà l'autre réponse. La deuxième ligne de la portée, en partant du bas. En clé de sol, elle dit sol. En clé de fa, elle dit si. Même trait, même hauteur sur le papier, deux réponses. La convention a plusieurs siècles et il n'y a rien de plus à en comprendre. Reste ce qu'elle fabrique chez quiconque a automatisé la portée du haut en premier : un conflit, que la bonne volonté ne résout pas.

Deux systèmes, une seule paire d'yeux

Mettez un clavier d'ordinateur QWERTY sous des doigts habitués à l'AZERTY. Les mêmes lettres, à d'autres places. Le débutant, curieusement, s'en sort mieux : il cherche chaque touche des yeux, lentement, et il la trouve. Celui qui souffre, c'est celui qui tape vite, parce que sa main part toute seule là où devrait se trouver le a et frappe un q.

La clé de fa fait cela à qui lit déjà la clé de sol. Rien n'y est nouveau. Chaque position vous est familière ; simplement, chacune vient de recevoir une seconde réponse, et la première continue d'arriver la première. La deuxième ligne veut dire sol. Elle le veut avant que vous ayez le temps d'intervenir, et il faut annuler cette réponse-là avant de produire l'autre. Ce n'est pas la clé qui est difficile, c'est l'interférence.

C'est le pianiste qui paie le plus cher. Le flûtiste ne lit que la clé de sol ; le violoncelliste vit en clé de fa et change de clé quand sa partie monte dans l'aigu, mais il n'a jamais qu'une portée sous les yeux. Dans les deux cas, un seul jeu de réponses à tenir à la fois. Le pianiste, lui, garde les deux portées ouvertes, une par main, et son regard passe de l'une à l'autre plusieurs fois par mesure. Les deux systèmes ne se relaient pas, ils cohabitent et se disputent les mêmes positions.

Le déséquilibre d'entraînement

Le second facteur s'est joué pendant les mois où vous appreniez. Regardez ce que vos deux mains ont réellement lu : la droite déchiffrait des mélodies, des lignes entières de noms différents, pendant que la gauche, dans presque tous les cahiers de début, tenait des rondes ou plaquait un accord au premier temps et le gardait jusqu'à la barre de mesure. Ce qu'on appelle « je ne suis pas doué en clé de fa » est d'abord un décompte de lectures, et ce qui arrive ensuite à un nom qu'on ne croise presque jamais, oublier les notes le raconte.

D'où le remède, qui n'a rien de subtil : choisissez des morceaux où la main gauche a quelque chose à lire. Le Menuet en sol majeur BWV Anh. 114, du Petit Livre d'Anna Magdalena Bach, en est l'exemple le plus connu. On l'a longtemps attribué à Jean-Sébastien Bach ; on l'attribue aujourd'hui à Christian Petzold. Sa main gauche n'accompagne pas, elle chante. Une vraie ligne mélodique, qui monte et redescend pendant que la droite fait autre chose. Jouez la main gauche seule, lentement. En une séance, elle lira plus de noms différents que dans tout un cahier d'accords tenus.

Trois points fixes sur la portée du bas

Le premier est dans le dessin de la clé : les deux points du 𝄢 encadrent une ligne, et cette ligne porte le fa. La ligne du bas, la première de la portée, porte un sol. Le do central, lui, se pose juste au-dessus de la portée, sur une ligne supplémentaire.

Ces trois points s'apprennent tels quels, sans qu'il faille bâtir quoi que ce soit autour. J'ai détaillé la lecture par écarts qui s'appuie dessus dans apprendre à lire les notes, et ce qui fait qu'un nom finit par tenir tout seul dans retenir le nom des notes.

Des doses courtes plutôt qu'une grande séance

Une longue séance de clé de fa ne règle pas grand-chose. L'interférence ne cède pas à l'effort d'un soir, elle cède à la répétition : quelques minutes tous les jours, sur des partitions plus faciles que ce que vous lisez déjà en clé de sol. Pas au même niveau. Nettement en dessous, et la technique n'a rien à voir là-dedans. Ce que vous entraînez, c'est une réponse automatique, qui doit finir par arriver avant l'autre.

Deux habitudes font le reste. Repérez la clé en tête de ligne avant la première note, même quand vous croyez savoir laquelle c'est. Et contrôlez-vous ensuite sur la page nue, ce qui, sans professeur dans la pièce, demande un peu de méthode.

À ce régime, la deuxième ligne finit par cesser de vouloir dire sol quand c'est la clé de fa qui ouvre la ligne. Combien de temps, je n'en sais rien, et personne ne devrait vous le chiffrer. La clé de fa ne deviendra jamais une seconde compétence. C'est la même lecture, enfin entraînée autant que l'autre.


Écrit par l'auteur de Notalune, l'application iOS faite pour qu'un nom oublié n'arrête plus la séance en plein milieu d'une mesure : vous photographiez vos propres partitions et les noms apparaissent sur les notes. Après la lecture, une bande sous la mesure demande si la clé est la bonne, et vous la corrigez là, parce qu'une clé mal reconnue nommerait toute la page de travers. Quand elle hésite, elle préfère laisser la note vide plutôt que deviner, et vous masquez tous les noms en une touche quand vous voulez lire sans aide. D'autres guides dans la rubrique Apprendre · questions : support@notalune.com.