Notalune

Comment reprendre le solfège à l'âge adulte ?

Reprenez par un cahier plus facile que votre amour-propre ne le voudrait, et par de la musique dont votre oreille connaît déjà la suite. J'avais douze ans à ma dernière leçon. Je me souviens du couvercle qui retombe, du professeur qui range ses cahiers dans une serviette en cuir, de l'odeur de la cage d'escalier. La méthode a fini dans le tiroir du buffet, sous les photos de famille. Il est resté fermé très longtemps.

Ouvrez le tiroir avant d'acheter quoi que ce soit

Se rasseoir au piano vingt ans plus tard, c'est rouvrir les volets d'une maison fermée. Il y a de la poussière, l'électricité met un moment à revenir, et pourtant les meubles sont là où on les avait laissés. Personne ne vous demande de reconstruire la maison. Juste de la rallumer.

Alors avant de commander la moindre partition neuve, allez fouiller le tiroir. Vous y trouverez peut-être la Méthode Rose d'Ernest Van de Velde, le cahier sur lequel des générations de pianistes français ont appris à lire, réédité aujourd'hui encore. Laissez-la ouverte sur le pupitre.

Ce que le solfège vous a laissé a moins bougé qu'il n'y paraît. Le haut de la page veut toujours dire aigu. Un rythme écrit a toujours une forme, et l'œil la reconnaît avant de la compter. Vos mains surtout : fermez les yeux, cherchez un do, la main y va. Elles connaissent le clavier mieux qu'elles ne l'avouent. C'est la charpente, et elle a tenu.

Ce qui est parti, c'est le réflexe. Retrouver un nom sans le chercher, voilà ce qui manque : le nom exact des notes rares, une grande partie de la clé de fa, et ce que l'armure vient changer aux noms sur la portée. Que ces noms-là soient partis les premiers n'a rien d'un défaut personnel. Le reste de la maison tient debout : vous ne repartez pas d'une page blanche.

Commencez plus bas que votre fierté

La fierté est l'habitude la plus coûteuse du revenant. On se souvient de la pièce qu'on jouait le mieux avant d'arrêter, on la réimprime, et souvent c'est la Sonatine op. 36 nº 1 en do majeur de Clementi, ses trois mouvements, celle qui semble avoir attendu. La première semaine est un désastre discret. La main droite avance note à note. La même mesure se relit quatre fois. Une page qui tenait d'une traite prend la soirée entière. Trois soirs plus tard, la partition retourne dans la pile et le verdict tombe tout seul.

Le verdict porte sur le mauvais objet. Une lecture rouillée a besoin de pages qu'elle peut traverser à la vitesse de la musique, et la Sonatine n'en est pas une, pas encore. D'où le cahier rose. Le rouvrir à quarante ans ne vous rabaisse pas : ses pages avancent assez lentement pour que l'œil nomme sans arrêter la musique. Descendez franchement en dessous de ce que vous jouiez, remontez quand les soirées le permettront.

Servez-vous ensuite de ce que vous connaissez par cœur. Une pièce dont l'oreille sait où elle va porte la lecture toute seule : quand l'œil hésite, la mémoire du morceau tient la ligne le temps que le nom revienne. Les vieilles partitions du tiroir sont parfaites pour ça, même celles que vous jouiez mal. Je suis revenu exactement comme ça, par des pièces dont je connaissais la suite bien avant de savoir les lire. La méthode complète, celle qu'on donnerait à un débutant, est écrite pour lui ; vous en reconnaîtrez la moitié.

Comptez en soirées, pas en semaines

Une semaine sans piano ne compte pas. Une semaine à quatre soirées compte pour quatre. On mesure d'habitude en semaines, mais personne ne peut vous dire combien il en faut, et la semaine suppose de toute façon une régularité que la vie d'adulte n'a jamais.

Rien de tout cela ne demande d'acheter quoi que ce soit. Le tiroir, un cahier plus facile que prévu, quatre soirées dans la semaine : beaucoup de gens n'auront jamais besoin d'autre chose.

Ce que j'ai ajouté par-dessus tient en une phrase. Notalune raccroche les noms à la portée, une page photographiée à la fois, sur de la musique imprimée, et la reconnaissance se fait sur l'appareil. Elle s'achète une fois. Surtout, elle est faite pour devenir inutile : un nom qui revient de lui-même n'a plus besoin d'être écrit.

Reste la poussière, et elle met du temps à retomber. Mais les volets sont ouverts, l'électricité est revenue, et ce qu'on rallume n'a pas à être reconstruit. La maison était là.


Écrit par l'auteur de Notalune, l'application iOS faite pour qu'un nom oublié n'arrête plus la séance en plein milieu d'une mesure : vous photographiez vos propres partitions et les noms apparaissent sur les notes. Elle a été faite exactement pour ce retour-là : le tiroir qu'on rouvre, la maison qu'on rallume pièce par pièce. Quand elle hésite, elle préfère laisser la note vide plutôt que deviner, et vous masquez tous les noms en une touche quand vous voulez lire sans aide. D'autres guides dans la rubrique Apprendre · questions : support@notalune.com.